Opinion - 2 juin 2022

Climat : pour qu'il n'y ait pas de « Stockholm +100 » !

- Photo par ©Solar Impulse Foundation - Peter Sandground

Ecrit par Bertrand Piccard 4 min de lecture

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Cinquante ans après le rapport Meadows sur les "limites de la croissance" et le premier sommet de la Terre à Stockholm, la réunion Stockholm+50 se tient cette semaine les 2 et 3 juin. Ancrée dans la Décennie d'action, sous le thème "Stockholm+50 : une planète saine pour la prospérité de tous - notre responsabilité, notre chance", cette réunion de haut niveau sera-t-elle la dernière ou devrons-nous attendre encore 50 ans ?

Il y a cinquante ans, j'étais un adolescent de la génération des "Trente Glorieuses" (le boom de l'après-guerre qui a duré trente ans). Le monde baignait dans un discours enthousiaste qui, sous couvert de progrès et de croissance tous azimuts, parlait d'économie plus que d'environnement.

Dans ce contexte, mon père, Jacques, était aussi un pionnier. Après avoir touché le fond des océans, il a participé au Sommet de la Terre. C'était une époque où l'écologie était tellement absente de la scène politique que de nombreux gouvernements se retrouvaient impuissants. L'Iran a alors demandé à mon père de diriger sa délégation nationale à la première conférence internationale sur l'environnement à Stockholm en 1972. Il n'était pas encore question de changement climatique, mais de pollution, de surpopulation et d'épuisement des ressources naturelles. Je me souviens que mon père était très préoccupé par les conclusions du rapport Meadows "Limits to Growth". Comment pouvions-nous envisager une croissance économique que nous voulions infinie avec des ressources planétaires limitées ? Il me montrait des projections selon lesquelles en 2030, si rien ne changeait, la population mondiale pourrait connaître un effondrement catastrophique. Prophétie ? Dystopie ? Avec le saccage de nos ressources naturelles, l'humanité courait-elle à sa perte ?

Le premier Sommet de la Terre, il y a 50 ans à Stockholm, a ouvert la voie à la diplomatie environnementale avec la création du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Pour la première fois, les questions écologiques ont atteint le niveau international. L'environnement était enfin reconnu comme un droit fondamental, voire un devoir.

C'est l'époque où l'on rejette le mercure dans la mer, les phosphates dans les rivières et les CFC dans l'atmosphère. Face à l'absence de solutions techniques pour faire mieux, il n'y avait que deux approches possibles : la décroissance, rejetée par la quasi-totalité des acteurs, et la réglementation, combattue au nom de la liberté d'entreprendre. Néanmoins, des règles ont été établies et partiellement appliquées, conduisant à certains succès comme la réparation de la couche d'ozone et la lutte contre les fumées industrielles qui provoquaient la mort des forêts.

Lors du troisième Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992, les 170 chefs d'État signent un programme d'actions durables qui ne modifient pas le développement économique. C'est l'avènement du "développement durable". Il ne s'agit plus seulement de polluer, mais de vivre en harmonie avec l'environnement. De belles intentions, mais toujours pas de solutions à mettre en œuvre.

Aujourd'hui le changement climatique est au centre de toutes les discussions, mais celles-ci ne doivent pas nous faire oublier que les autres problèmes ne sont pas vraiment résolus.

Cette semaine, je représenterai la Fondation Solar Impulse à Stockholm +50 en tant qu'ambassadeur des Nations Unies pour le programme environnemental créé il y a 50 ans. Ma mission sera de poursuivre le travail initié par mon père, et j'espère effacer a posteriori la frustration qu'il y a ressentie. Il a contribué à cet éveil de la conscience écologique. Il a fait le maximum avec ce qui était possible en 1972, avec l'utopie de protéger l'environnement et l'humanité. Il rêvait de pouvoir réconcilier les opposants et les partisans de la décroissance. Mais comment arrêter la marche infernale de ce qu'on a appelé la société de consommation ? Les impératifs économiques et financiers sont tels que le combat est inégal. Il n'y avait tout simplement pas de solutions pour protéger l'environnement tout en permettant à l'économie de se développer. Voilà ce qui a changé en cinquante ans.

L'expérience familiale m'a mis sur la voie du réalisme, avec la volonté d'obtenir des résultats tangibles indépendamment de sa propre idéologie. Que l'on soit de gauche ou de droite, militant écologiste ou industriel, il s'agit de trouver notre intérêt commun. C'est dans ce sens que je veux maintenant montrer ce qui peut être fait après 50 ans de recherche scientifique. Je veux mettre en avant les plus de mille solutions concrètes qui protègent l'environnement de manière économiquement rentable et que ma Fondation a sélectionnées au cours des 5 dernières années.

Nous pouvons enfin sortir du dilemme entre une croissance quantitative polluante et une décroissance respectueuse de l'environnement, mais risquant à long terme de conduire au chaos social. Si en 1972, les solutions fédératrices n'existaient pas, en 2022, nous en avons pléthore. Nous sommes désormais entrés dans un nouveau récit. Nous pouvons concilier les extrêmes avec des solutions qui deviennent des opportunités économiques et industrielles, mais aussi écologiques. Mais celles-ci doivent être efficaces, dans le sens où elles permettent d'obtenir de meilleurs résultats en consommant moins de ressources. Pour qu'elles s'imposent dans le monde, ce ne sont pas seulement les infrastructures qui doivent être modernisées, mais aussi la législation afin d'inciter beaucoup plus à leur mise en œuvre. C'est à cela que doivent se consacrer les participants à ce Sommet.

Stockholm 1972 a servi de forum d'expression, mais n'a pas été suivi de changements majeurs. Cette prise de conscience environnementale était essentielle. Maintenant que les choses sont connues et que les solutions existent, il n'y a plus d'excuses pour ne pas agir. Stockholm+50 doit être le dernier Sommet de la Terre, sinon ces sommets se succéderont jusqu'à ce qu'il soit trop tard.


Première publication dans La Tribune et sur le site de Stockholm+50
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