News - May 01, 2020

Coronavirus : « Les solutions propres et rentables sont un formidable levier pour une croissance économique qualitative plutôt que quantitative »

Written by Bertrand Piccard 4 min read

Sous la houlette de Bertrand Piccard, président de la Fondation Solar Impulse, douze patrons d’entreprise s’engagent, dans une tribune au « Monde », à mettre en œuvre des actions très concrètes pour assurer une relance propre de l’économie mondiale.

Tribune. La crise due au Covid-19 n’est pas terminée. Beaucoup de gens en souffrent encore et déjà des voix s’élèvent pour revenir « à la normale ». Mais qu’est-ce que cela signifie, après tout ? Avant la crise, la situation était-elle « normale » ? Notre société était fragilisée, pas suffisamment durable et socialement inéquitable. Déjà affectée par des changements climatiques, elle a été terrassée par la pandémie en cours. Est-ce vraiment cette société-là que nous voulons retrouver ?

Si la crise est censée déboucher sur un monde nouveau, à quoi ce monde ressemblera-t-il ? Partout fleurissent des tribunes, des analyses, et des opinions sur ces questions essentielles ; un peu comme s’il suffisait de souhaiter le changement pour qu’il se réalise.

Un monde meilleur

Nous, la Fondation Solar Impulse et les entreprises qui la soutiennent, n’appelons pas simplement de nos vœux un monde meilleur, nous nous engageons auprès de vous à le mettre en œuvre par des actions très concrètes.

Les partenaires de la Fondation Solar Impulse représentent plus d’un million d’emplois dans le monde et une part significative de l’économie mondiale. Nos activités permettent aux gens de se nourrir, se vêtir, se chauffer, se déplacer, de vivre des expériences, de s’épanouir et d’entreprendre ; nous fabriquons du matériel de santé, des produits du quotidien et des biens de luxe, des matières premières et des pneus ; nous gérons des produits financiers, construisons des infrastructures ; nous fournissons de l’énergie et en assurons une utilisation efficiente.

En tant que grands acteurs économiques et industriels mondiaux, nous avons pleinement conscience de notre rôle dans la société. C’est pourquoi nous allons tout mettre en œuvre pour bâtir un monde meilleur après cette crise. Un monde à la fois plus propre, plus durable, plus juste, plus efficient, plus respectueux de la biodiversité et du climat…

Malgré la crise qui nous frappe comme des milliers d’entreprises, nous nous engageons à respecter nos objectifs environnementaux et à promouvoir une alimentation accessible et durable, des énergies renouvelables et des produits issus de circuits responsables, à réduire nos émissions de gaz à effet de serre, à soutenir les processus d’économie circulaire et l’utilisation efficiente des ressources.

Technologies devenues rentables

Comment ? Grâce aux technologies durables qui se développent partout dans le monde et que la Fondation Solar Impulse sélectionne, soutient et promeut depuis plusieurs années à travers son défi des 1 000 solutions. Il en existe en effet des milliers, dans les domaines de l’eau, de l’énergie, des infrastructures, de la mobilité, des processus industriels et de la production agricole.

Cet engagement, nous le prenons autant pour l’économie que pour la planète. En effet, ces technologies propres ne sont pas seulement bénéfiques pour l’environnement, elles sont devenues financièrement rentables.

En nous permettant de consommer une énergie renouvelable moins coûteuse, en rendant nos procédés industriels plus efficients, en réduisant le gaspillage et les déchets, en améliorant le recyclage, ces solutions propres et rentables sont un formidable levier pour une croissance économique qualitative plutôt que quantitative. Elles mettent en place un nouveau système économique fondé sur le remplacement de produits et procédés polluants par des produits et procédés durables. Consommer mieux, plutôt que consommer plus.

Notre vision commune est celle d’un monde qui n’oppose plus les intérêts des activistes environnementaux et ceux des grands acteurs économiques et industriels, car nous partageons les mêmes buts : créer des emplois, participer au bien-être social, et améliorer la qualité de vie sur cette planète.

Un nouveau modèle

Bien que certains se réjouissent que l’arrêt des activités humaines diminue la pollution, la situation actuelle nous montre parfaitement combien le ralentissement économique est désastreux pour des millions de gens. Notre objectif commun est de construire un monde dans lequel la prospérité de nos sociétés va de pair avec celle de notre planète.

Les technologies pour ce faire existent, nous commençons déjà à en utiliser certaines, mais nous avons besoin qu’elles se généralisent. C’est pourquoi nous appelons unanimement les gouvernements à mettre en œuvre des politiques environnementales ambitieuses, avec des stratégies claires et des trajectoires adaptées par secteurs, qui nous donnent la sécurité nécessaire pour investir dans le futur.

Le cadre juridique et législatif doit permettre d’éviter la distorsion de concurrence entre ceux qui font preuve d’un esprit pionnier et ceux qui continuent d’agir comme si la crise environnementale n’existait pas.

La situation que nous vivons en ce moment, malgré ses aspects les plus terribles, est une opportunité pour reconstruire un nouveau modèle économique et industriel durable. Nous, la Fondation Solar Impulse ainsi que ses partenaires, nous nous engageons à le mettre en œuvre et vous appelons à en faire de même.

Un engagement cosigné par Bertrand Piccard, président, Fondation Solar Impulse, et par les partenaires de la Fondation Solar Impulse : Bernard Arnault, président-directeur général, LVMH ; Pierre-Etienne Bindschedler, président-directeur général, Soprema ; Jean-Laurent Bonnafé, administrateur directeur général, BNP Paribas ; Jean-Pierre Clamadieu, président du conseil d’administration, Engie ; Ilham Kadri, présidente du comité exécutif et directrice générale, Solvay ; Georges Kern, directeur général, Breitling ; Florent Menegaux, président, Groupe Michelin et Movin’On ; Benoît Potier, président-directeur général, Air Liquide ; Anne Rigail, directrice générale, Air France ; Mark Schneider, administrateur délégué, Nestlé ; Markus Steilemann, directeur général, Covestro ; Jean-Pascal Tricoire, président-directeur général, Schneider Electric.


Article paru dans Le Monde le 29/04/20. Voir l'article original. 


Written by Bertrand Piccard on May 01, 2020

Do you like this article? Share it with your friends!